Histoire de la Villa des Cent Regards

1 Histoire de la Villa

2 Dossier de presse

3 Extraits du livre « Les jardins extraordinaires »

4 Les travaux

Connaissez vous « La Villa des Cent Regards » nichée dans le quartier d’Aiguelongue, au nord de Montpellier ? Certains irrespectueux la surnomment « la maison du fada ».

Elle fut construite dans les années 1950 par un maçon italien particulièrement imaginatif.

 Victor Grazzy est né en Lombardie 1896. En 1921 il épouse Ida Boldoni native du  même village. Tous deux quittent l’Italie en 1922, fuyant le  fascisme et restent quelques années en Isère, avant de  s’installer dans la campagne montpelliéraine d’Aiguelongue, car à l’époque, les montpelliérains considéraient qu’au-delà du cimetière Saint Lazare, c’était la campagne.

Victor Grazzi travaille comme  maçon, et le soir étudie par correspondance les cours de l’École supérieure de Béton Armé de Rome. Ce maçon est passionné par la technique du béton armé : poutres, poutrelles, coffrages compliqués…

Vers 1950, Victor Grazzi, maintenant propriétaire d’un terrain peut réaliser la maison de ses rêves Elle sera tout  en béton et même les  portes et même les volets !

Le béton comme unique matériau de construction, un maçon doué pour  les coffrages compliqués, cela donnera une maison aux  lignes droites, aux angles droits, aux  éléments répétitifs  : un bel exemple d’architecture Art déco

Victor Grazzi tient à montrer ses compétences, car son diplôme n’est pas reconnu par ses patrons français qui l’emploient comme simple maçon.

Maçon aux ordres d’un contremaître dans la journée, Victor Grazzi devient à son tour, le soir, le patron qui donne des ordres : Ida, son épouse participe à la construction de la maison rêvée : elle gâche le béton, remplit  les seaux.de ciment, les hisse à l’aide de cordes et de poulies.

Toutes les économies du ménage  passent dans la construction. Des matériaux de récupération font l’affaire quand il s’agit par exemple de recouvrir le sol du couloir : dalles de pierre et carreaux de ciment hétéroclites, assemblage à priori disparate, forment avec le temps un tout harmonieux. Les promenades servent à ramasser le long des chemins des graviers pour le béton ; à la décharge on récupère  ferrailles et autres matériaux. Quand il y a de l’argent on surdose un peu, quand il n’y en a pas, on remplace le ferraillage par des bouts de fer récupérés et même des ressorts de sommiers !

Sur ce terrain planté de vignes, une étrange maison voit le jour, flanquée d’une tourelle crénelée, elle-même surmontée d’une pointe, flèche ou mât d’un navire. De la tourelle, on peut voir au loin la mer. Notre maçon ne rêvait-il pas d’être marin ?

Certains éléments d’architecture le rappellent :: la construction de petits phares, une ancre sculptée à côté du nom gravé de la villa…

En 1954 Ida meurt, alors que la construction n’est pas achevée.

Désormais, Victor  vit seul dans son château et s’efforce de finir sa maison, ajoutant des éléments décoratifs  au gré de sa fantaisie: tour Constance et remparts d’Aiguë Morte, une réplique miniaturisée de l’hôtel particulier  de la coquille situé dans le vieux  Montpellier, statues, éléments végétaux, sapins-fusées, boules de buis…L’humble « château-trois-pièces-cuisine » prend des allures féeriques surtout quand le soleil projette des ombres fantastiques qui animent les façades.

Jours après jours, Victor enrichit son univers de rêve.

Le terrain est couvert de vignes car notre homme fabrique son vin. C’est même un élément important : le pressoir est une construction à part, sorte de chapelle solidement plantée au milieu des vignes: la vis du pressoir a résisté à vingt années de vandalisme.

Il baptise sa maison « Villa des Cent Regards ». Pour son propriétaire, il suffisait de tourner autour pour porter cent regards différents. D’autres fois il précisait que dans l’ensemble des constructions on pouvait dénombrer cent petites fenêtres comme autant de regards.

Un matin de 1970, Victor est hospitalisé pour une intervention bénigne ; il laisse sa truelle et l’ensemble de ses outils prêts à resservir dans quelques jours… ils ne resserviront plus…

La maison reste alors à l’abandon, ouverte à tous vents.

Le jour, elle est visitée par des mère de famille : les enfants rêvent d’exploits dans ce +château moyenâgeux et se prennent pour chevaliers…

La nuit, l’endroit devient un lieu de fêtes, de rencontres pour les plus grands. Garçons et filles découvrent leurs premiers émois.

Le château miniature reçoit des visiteurs indélicats : les éléments décoratifs sont pillés, volés saccagés, vandalisés, les buis en béton sont rasés, les décorations lacérées, les murs couverts de tags.

En 1984, la mairie de Montpellier acquiert ce château en miniature et l’entoure d’une clôture pour le protéger. Mais bientôt toute vie s’est éteinte et le château prend des allures fantomatiques.

En 2005, elle est rachetée, en partie restaurée avec l’aide de Cobaty et du lycée Léonard de Vinci, pour accueillir des activités culturelles

De nombreux articles parus dans la presse, entre autres

Télérama du 7 octobre 1981 dans un article d’une page intitulé : « Il faut sauver le château trois pièces cuisine » présente Victor Grazzi, coffreur – cimentier d’origine italienne, ancien élève de l’école des beaux-arts de Rome et concluait : « Pour une fois, le béton s’est coulé dans la fantaisie et le mystère du rêve individuel. »

 Dans “Journal de Montpellier” du 8 janvier 1986 :

« Il y a des lieux sacrés comme des personnes car ce sont eux qui donnent une âme à une ville en faisant que rien ne peut être semblable ou simple répétition. Non identifiables, en dehors de toute référence d’une histoire de  l’art, on les appelle par manque de définition : art brut…

La « Villa des cent regards » appartient au patrimoine montpelliérain beaucoup plus que le théâtre qui n’est qu’une copie de l’Opéra de Paris, une place de la Comédie cernée par une architecture nordique, ou la place du Nombre d’Or qui s’inspire de la “plaza Réal” de Barcelone .

 Victor Grazzi disparu, la maison inhabitée commença à recevoir des visites de tous genres. Amoureux et clochards à la recherche d’un abri, mais aussi des architectes, des peintres, des écrivains, des cinéastes…. Ainsi en 1980 la revue “Energumène” y organisa une séance de lecture de textes. Étaient présents les écrivains Renaud Camus, Valère Novarina et Jean Vuarnet. De même en 1976, vingt architectes de Chicago établirent un dossier sur cette maison.

On la trouve répertoriée dans des livres sur l’architecture populaire. Bernard Lassus lui consacre un texte en 1974 dans “la Nouvelle Revue de psychanalyse”…

 Mais aussi dans La Gazette, le Midi Libre, Montpellier insolite

Maintenant, elle accueille

-des conférences

-des ateliers de dessin, de sculpture, d’encre de chine…

-des expositions

-les éditions « Les cent Regards »

Laissée à l’abandon pendant plus de trente ans « La Villa des Cent Regards » retrouve ainsi une seconde vie.

Victor G vers 1969
Victor Grazzi vers 1969
Photo 085
L’état de la maison en 2004

 

 

 

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